Chassés par la misère ou simplement animés par un désir d’ailleurs, les Celtes ont de tout temps couru la planète. Le Festival interceltique de Lorient leur rend hommage cette année. Retour sur ces migrants qui ont écrit l’Histoire.
Les Irlandais poussés par la famine.
En Irlande, la grande famine (1845-1849), causée par le mildiou, a poussé plus de 2millions de personnes à prendre la mer pour gagner des rives plus hospitalières en Grande-Bretagne, aux États-Unis, au Canada, en Australie ou en Nouvelle-Zélande. «Environ 5millions d’Irlandais se sont installés aux États-Unis depuis le XVIIIesiècle. Aujourd’hui, 15 à 20millions d’Américains peuvent légitimement revendiquer une origine irlandaise», avance Jean Guiffan, de l’Université de Nantes, dans son Histoire de l’Irlande (Hatier, Paris, 1992). Plus tôt, quelques Irlandais avaient déjà opté pour le voyage, pour des raisons économiques mais aussi religieuses. La domination anglaise avait rendu l’île invivable pour des catholiques. L’un d’eux, Richard Hennessy, s’est établi à Cognac, en 1765. Comme son nom l’indique, il fit fortune dans les spiritueux…
Les Écossais, marchands et militaires.
Entre1815 et1920, plus d’un million d’Écossais s’installent aux quatre coins de l’empire britannique, avec des visées mercantiles et militaires. Ils forment alors une communauté très soudée, la Scottishness. «Le migrant écossais est alors dépeint comme ambitieux, entreprenant mais aussi turbulent, voire rétif aux autorités coloniales», raconte Géraldine Vaughan, maître de conférence à l’université de Rouen et coordinatrice de l’ouvrage Le monde britannique 1815-1931 (Belin, Paris, 2010). Paradoxe encore inexpliqué: certains mettront le cap sur le nouveau monde dès le XVIIIesiècle, alors que leur pays bénéficie des premières retombées de la Révolution industrielle. Au XIXe, deuxmillions d’Écossais rejoindront les États-Unis, le Canada ou l’Australie où «s’installent beaucoup de servantes et d’ouvriers dont le voyage est financé par des associations caritatives», explique l’universitaire.
Les Gallois en Amérique du Sud.
Les Gallois, eux, ont quitté très précocement leur terre natale pour tenter de s’établir, dès 1617, à Terre-Neuve. Au milieu du XIXe, une colonie d’une centaine de personnes voit le jour au Brésil. Puis, en 1865, une centaine de colons venus de Liverpool s’établissent en Patagonie, dans de très dures conditions. Cette région compte actuellement 20.000 descendants de ces aventuriers. 5.000 parleraient encore le gallois.
Les Corniques exportent le rugby.
Les Corniques, de Cornouailles, suivent le même chemin que leurs homologues, en y ajoutant l’Afrique du Sud. À la fin du XIXesiècle, les mineurs victimes du déclin des gisements d’étain et de cuivre s’engouffrent dans ceux d’Afrique du Sud, avec dans leurs bagages leur passion pour le rugby. Ils y créent des équipes, ainsi qu’en Nouvelle-Zélande et en Australie.
Galiciens et Asturiens dans le sillage des grands navigateurs.
Partis dès le XVIIIesiècle, près de deuxmillions de Galiciens auraient posé leurs valises définitivement, dans toute l’Amérique latine. Fidel Castro ou Raul Alfonsin, ex-président argentin, ont du sang galicien dans les veines! Entre1860 et1920, on estime que 300.000 Asturiens ont immigré en Amérique centrale et en Amérique du Sud.
Les Bretons par communautés.
Les Bretons, eux, n’ont pas connu de grandes vagues migratoires. Hormis vers les États-Unis où des milliers de Centre-Bretons ont élu domicile après-guerre. Ailleurs, on observe plutôt une multitude de petites communautés. Notamment sur la côte africaine où les Bretons ont longtemps partagé les zones de pêches avec les Basques.
No tags
